Californium – Je suis Ubik !

Californium gameUn jeu vidéo inspiré de l’œuvre de Philip K. Dick,  c’est suffisamment rare pour ne pas attiser votre curiosité non ? Divisé en quatre épisodes, sortis entre mi-février et mi-mars, et uniquement disponibles pour MAC et PC, Californium est un jeu vidéo développé par le studio Darjeeling, et qui faisait partie de la programmation ARTE consacrée à l’écrivain Philip K. Dick (dont nous avions parlé ici).

 

Welcome to Berkeley, 1967

S’inspirant de l’univers si particulier de l’auteur (il ne s’agit en aucun cas de l’adaptation d’une de ses oeuvres, mais plus d’un hommage), Californium est un jeu d’exploration narratif en vue subjective, type « point & click » en 3D, qui vous plonge à Berkeley en 1967, dans la peau d’Elvin Green, un écrivain qui ne trouve plus d’inspiration. Quitté par sa femme, rongé par les psychotropes et l’alcool, sa santé mentale s’en voit sérieusement détériorée. Une entité mystérieuse va alors lui proposer de découvrir d’autres réalités possibles…

 

Le jeu des sept erreurs

Le jeu est divisé en quatre chapitres, chacun représentant une réalité alternative basée sur la précédente, mais différente d’un point de vue graphique et contextuel. L’univers dans lequel vous allez évoluer est donc constitué de quatre couches de réalités successives. Votre but dans Californium est de rechercher les anomalies présentes dans le décor, afin de dévoiler des pans d’une autre réalité.

Californium-TV

Les téléviseurs sont placés un peu partout

A travers un poste de télévision, l’entité mystérieuse – doublée par Michael Lonsdale en VF – vous parle et vous guide de manière cryptique. La première zone d’anomalie se trouve être votre appartement et sert de tutoriel. Votre TV dans le salon est l’élément déclencheur des anomalies à repérer et vous en indique le nombre restant à dénicher sur son écran. La recherche de ces anomalies est intéressante car leur apparition est tributaire de plusieurs critères, comme votre position dans l’espace par rapport à elle, le fait que vous soyez en mouvement ou immobile etc. Lorsqu’une anomalie est trouvée, un symbole de la lettre grecque Thêta apparait et il suffit de cliquer dessus pour l’activer. S’ensuit alors une altération de la zone montrant une réalité alternative. Trouver toutes les anomalies d’une zone vous permettra de sortir de votre appartement pour explorer la rue, trouver une autre télévision etc.

Complément vidéo (5 min environ)

http://www.youtube.com/watch?v=vvYaP1EYpDw

 

Des hauts…

Californium possède des graphismes plutôt fins avec des environnements très « BD », colorés,  et à moins d’être réfractaire à ce style, on ne peut que saluer la patte artistique. Le jeu possède une vrai identité, plus proche d’un trip coloré que d’un environnement à la Blade Runner. Les personnages avec lesquels vous pouvez parler (ou plus précisément que vous pouvez écouter parler, puisqu’Elvin Green restera muet pendant tout le jeu) sont eux représentés en 2D, sans animation. De prime abord étrange, ce choix peut paraître un peu cheap, mais se justifie dans le contexte du jeu. L’environnement sonore est lui aussi très réussi, avec des musiques aux sonorités qui correspondent bien au contexte de chaque réalité. Idem pour les voix et bruitages, on vous conseille d’ailleurs la version anglaise ne serait-ce que pour la voix off car c’est la celle la plus impliquée et dont le ton est le plus juste.

Californium-Stavros

Une ambiance inquiétante s’installe peu à peu…

Hommage à Philip K. Dick et à son œuvre, Californium fait de nombreuses références, parfois subtiles et difficiles à repérer, par les lieux (Berkeley, la ville où Dick a vécu pendant près de vingt cinq ans), le noms des personnages (le grec Stavros, inspiré d’A time for Georges Stavros, une nouvelle écrite vers 1955 et jamais publiée) ou des symboles (la figure d’Abraham Lincoln, très présente dans le jeu, en référence à la nouvelle We can build you de 1962). Les thématiques récurrentes chez Dick sont bien là, tant dans le principe des différentes réalités que dans la critique sociale du « système », ou même le mysticisme.

Mais si vous ne connaissez pas du tout les nouvelles de Philip K. Dick, Californium reste quand même totalement accessible. Son concept est relativement simple d’accès, et l’histoire se construit par fragments, chaque personnage rencontré dans une réalité ayant son double alternatif dans une autre.  Ils vous aideront à mieux comprendre le contexte dans lequel vous évoluez, et leurs apparitions ou leurs déplacements dépendront de votre avancée dans le jeu. Rien ne vous empêche cependant de ne vous concentrer que sur la recherche d’anomalies et d’ignorer presque totalement ce que les habitants ont à vous dire. Mais cela reviendrait à manquer une très grande partie de l’intérêt du jeu. Car Californium n’est pas qu’un concept de recherche d’anomalies, c’est une expérience, et pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut savoir être curieux. Ainsi à chaque réalité on découvre un autre contexte politique et social parfois radicalement différent, mais ayant pourtant un lien avec les autres. Au-delà des références, on devine rapidement que le personnage d’Elvin Green que vous incarnez, n’est autre que Philip K. Dick lui-même, ou plutôt une version alternative qui évolue en fonction des réalités, et dont le but est simplement d’écrire un livre. De nombreux parallèles avec la vie de l’auteur sont présents, et il suffit de lire un peu sa biographie pour s’en apercevoir. A force de chercher, on découvre la vraie richesse du jeu. Oui, Californium est exigeant, et c’est probablement pour cela que beaucoup de gens sont passés complètement à côté.

Californium-chap2

…et cela ne va pas en s’améliorant.

 

…et des bas

Le jeu n’est pas pour autant exempt de défauts. Lors de sa sortie, il a essuyé pas mal de critiques, notamment à cause de son gameplay limité. En effet, le concept et la recherche des anomalies sont plutôt amusants et intéressants, et pour peu que l’on soit curieux on se prend vite au jeu. Mais mis à part cela, et les personnage qui vous parlent, vous ne pourrez pas faire grand chose d’autre. L’aire de jeu est elle aussi limitée, et de ce fait le jeu peut vite devenir redondant et décevoir les gens qui s’attendaient à quelque chose de plus riche. Tous ces éléments combinés ne permettent pas de s’identifier à Elvin Green autant qu’on le voudrait. Il aurait donc été intéressant d’ajouter un peu plus d’interaction avec l’environnement, mais ce minimalisme est certainement voulu par les développeurs et n’a pas l’air de démontrer un manque d’ambition. Le jeu est assez court (environ 3h à la première découverte), mais la rejouabilité est elle aussi limitée, car les anomalies à débusquer sont toujours les mêmes d’une partie à l’autre. Il aurait été intéressant de générer un certain nombre d’anomalies parmi une liste prédéfinie, de manière à ce que chaque nouvelle partie paraisse vraiment différente. C’est d’autant plus frustrant que lors d’une vidéo de pré-version du jeu, on voit des anomalies qui ne sont pas présentes dans la version finale, et qui auraient peut être pu être utilisées en plus. Enfin, on pourrait signaler un manque de fluidité du jeu (même avec un PC de la NASA, ça rame un petit peu) et quelques bugs graphiques. Parfois on croit avoir trouvé une anomalie alors qu’il n’en est rien…La plupart des bugs ont heureusement été corrigés depuis sa sortie, mais il en reste quelques uns qui peuvent être gênants. Tous ces défauts n’entachent pourtant en rien la qualité du travail effectué par Darjeeling.

 

Un mode de distribution alternatif

Devant respecter la charte d’ARTE concernant sa mise à disposition sur son site internet, Californium profite de deux modes de distribution : une version intégrale gratuite du jeu, en quatre épisodes, mais sans sauvegarde possible – chaque épisode doit donc être fait d’une traite – ni de choix de langue (VF uniquement), et une version payante à 9,99 € sur la plupart des sites de ventes en ligne (voir ci-dessous), avec sauvegarde automatique et choix des langues (VF, VO et VA, idem pour les sous-titres), bande originale du jeu à télécharger etc. L’énorme avantage de ce système est de vous laisser le choix d’essayer le jeu, voire de le faire entièrement gratuitement via le site d’ARTE, et de l’acheter si vous souhaitez soutenir les développeurs.

 

Conclusion

Californium est un OHNI (Objet Hallucinogène Non Identifié), un jeu inattendu dans le fond et dans la forme et a de ce fait décontenancé pas mal de joueurs à sa sortie. Critiqué pour son gameplay limité, il faut le vivre plutôt comme une expérience. Car malgré ses défauts, le jeu se révèle plus riche et intéressant qu’il n’en a l’air au premier abord.  Si le but de ce projet était de donner envie de lire du Philip K. Dick, le pari est totalement réussi !

Californium – Une production  Darjeeling / Nova Production / ARTE France

Disponible gratuitement sur le site d’ARTE Creative, ou payant sur Steam, GOG, Humble Store (avec sauvegarde automatique, choix des langues, bande originale du jeu etc.)

 

Pour aller plus loin avec Californium

Thomas LEROUX

Thomas LEROUX

Passionné de ciné (fantastique, science fiction, mais pas que), séries, animes, jeux vidéo etc. Thomas Leroux cherche la petite bête partout où elle se cache. Accessoirement, il est aussi co-créateur (avec Gillen Azkarra) et administrateur du site Le Mont des Rêves ! (mais pas que...)

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